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Des traces inconnues d'émigrants polonais arrivés en Lorraine dans les années 1920 ont été découvertes à Écrouves.

12.06.2026

Le 12 juin 2026, la consule de la République de Pologne à Paris, Mme Agnieszka Kozińska-Makowska, accompagnée du vice-consul M. Seweryn Góralczyk et du consul honoraire de la République de Pologne à Nancy, M. Czesław Bartela, ont participé à la visite mémorielle à Écrouves, dans le département de la Meurthe-et-Moselle, à l'occasion des travaux de démolition de l'ancien caserne Marceau, dont les murs ont révélé des traces de l'émigration économique polonaise en France (dans les années 1920).

Neuf personnes se tiennent en rang, portant des casques de protection sur la tête.

Les invités ont été accueillis par Mme Marion Marzano, la Directrice de l’administration pénitentiaire et responsable du centre de détention d’Écrouves. Outre les représentants des autorités diplomatiques polonaises à Paris et à Nancy, ont notamment participé à cette visite M. Renaud Seveyras, le Directeur interrégional des services pénitentiaires de la région Grand Est, M. Frédéric Clowez, le Secrétaire général et la sous-préfet de Nancy, M. Frédéric Adam et son équipe de chercheurs de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), ainsi que des descendants de migrants polonais arrivés en France au début du siècle dernier en quête d’emploi.

Les participants avaient l’occasion de découvrir les résultats des fouilles archéologiques menées sur le site de l’actuel centre de détention d’Écrouves et de visiter le bâtiment n° 7, abandonné et destiné à la destruction, dans lequel des archéologues français ont réussi à dévoiler de nombreuses inscriptions sur les murs, restées cachées pendant des décennies sous des couches de plâtre et de peinture. Ce bâtiment faisait partie de l’ancienne caserne Marceau, construite en 1913. Après avoir servi à diverses fins – notamment de centre administratif d’internement, de camp de prisonniers de guerre et de centre de résidence surveillée pendant l’occupation et la libération – ce bâtiment a finalement été cédé au ministère de la Justice par l’armée française en juin 1946.

La caserne servait également de centre d’accueil pour les familles venant travailler dans l’industrie lourde. Les recherches réalisées ont permis d’établir que les graffitis sur les murs (prénoms et noms, noms de localités, dessins) avaient été laissés par ces ouvriers, originaires principalement d’Europe de l’Est, pour qui, entre 1924 et 1928, Écrouves constituait une étape et un lieu d’hébergement temporaire sur le chemin menant aux usines sidérurgiques et aux mines. La grande majorité des inscriptions découvertes ont été réalisées en polonais.

L’arrivée des Polonais en France dans les années 1920 résultait d’un accord entre la France et la Pologne, ayant pour but de répondre aux besoins urgents de la France, qui manquait de travailleurs pendant la période de l’entre-deux-guerres. Selon les estimations, 40 000 Polonais sont arrivés en Lorraine en 1926, région qui est ainsi devenue, après le Pas-de-Calais et le Nord, le troisième plus grand centre de concentration de Polonais en France. Lors du recensement de 1931, le nombre de Polonais en France a été évalué à 500 000.

Grâce à l’engagement des autorités françaises, les fouilles archéologiques entreprises par l’INRAP ont abouti à la conservation de cette découverte avec un riche reportage photographique (plus de 300 000 clichés ainsi que des analyses topographiques visant à réaliser une reconstitution en trois dimensions des murs) et à la préservation de graffitis sélectionnés en vue de futures recherches scientifiques (sept fragments de mur ont été découpés et protégés provisoirement au Centre de conservation et d’études de Metz). Cette trace, jusqu’alors inconnue, de la présence polonaise en France a été ainsi préservée en tant que patrimoine.

Les inscriptions sur les murs de l’ancienne caserne d’Écrouves ne témoignent pas seulement du besoin des Polonais, venus en France pour commencer à travailler loin de leur patrie, de laisser une trace de leur passage. C’est surtout un rappel de la contribution des émigrés polonais à la reconstruction et au développement de la Lorraine, une région durement dévastée par les combats de la Première Guerre mondiale. C’est une trace visible de l’histoire commune et enrichissante qui lie la Pologne et la France.

Les photos (15)

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